La restauration des donjons
Les donjons du château de Falaise ont connu deux grandes périodes
de restauration. L’une menée par Ruprich Robert, élève
de Viollet-Le-duc, au XIXe siècle. L’autre plus récente,
également dirigée par un architecte des monuments historiques
: Bruno Decaris. Un troisième programme est en cours : la restauration
de la Haute-Cour s'est achevée en 2004, et celle des remparts de l’Enceinte.
Les deux interventions réalisées sur les donjons sont de nature
différente :
Le sauvetage du XIXè siècle
La campagne de restauration menée par
de 1860 jusqu’en 1911 à plusieurs objectifs. L’état
de délabrement dans lequel se trouvent les donjons appelle dans un premier
temps un travail de sauvetage.
La façade Est est en partie tombée, les voûtes de la
chapelle sont détruites, les toits
et les planchers, ont disparu ; les sont très abîmées
; le sommet de la tour Talbot menace de s’effondrer. Afin de préserver
ce qui subsiste mais aussi redonner aux donjons une partie de leur splendeur
passée, Ruprich Robert va entreprendre un lourd travail de déblaiement
des gravats et de restauration du bâti. Dans le but de rétablir
la circulation dans les donjons, il va également aménager .
L’entreprise est de taille et va s’étaler sur quelques
décennies mais par manque de crédits l’architecte ne peut
mener à bien la totalité des restaurations. Ses interventions
permettent néanmoins de sauver le site de la ruine et rend possible
l’accès des visiteurs dans les donjons
Le temps comme la seconde guerre mondiale vont, à nouveau, profondément
endommager les bâtiments et lorsqu’une nouvelle restauration est
envisagée au XXe siècle les donjons et les remparts
sont dans un triste état.

Ruprich Robert et son équipe consolident
les parties inférieures du mur de refend. Cliché de 1860.

Au XIXe siècle, les donjons sont
en ruine. Gravure Ollianson.
La réhabilitation du XXe siècle
Soutenu par le ministère de la Culture, le second grand projet de réhabilitation
des donjons a duré dix ans. La ville de Falaise en est commanditaire
et c’est Bruno Decaris, Architecte en Chef des Monuments Historiques,
qui prend le dossier en charge.
Le contexte lié à la restauration est différent de celui
rencontré un siècle plus tôt. L’état général
du bâti appelle une nouvelle restauration mais il est question cette fois
de redonner au monument sa lisibilité, ceci afin de rétablir les
fonctions d’origine des donjons et permettre aux visiteurs de mieux comprendre
les lieux. Le programme est ambitieux, car il doit contribuer à faire
connaître au grand public les donjons d’un château souvent
méconnu qui demeure cependant l’un des rares vestiges en France
de l’architecture anglo-normande.
Conformément à la charte de Venise de 1965, les interventions
de l’architecte destinées à remplacer les parties manquantes
mettent en oeuvre des techniques et des matériaux modernes. Il s’agit
avant tout d’éviter au public de faire la confusion entre l’architecture
ancienne et la nouvelle restauration. La réalisation des travaux se fait
en plusieurs étapes, est restaurée en 1986 et 1987, en 1992 et 1994,
est réalisé la dernière année, en 1996.
C’est l’élément le plus audacieux de son travail.
L’architecte adopte les mêmes principes de restauration que précédemment
mais compte- tenu du peu de vestiges qui sont à sa disposition, il choisit
d’évoquer la construction sans faux-semblants en mettant l’accent
sur la fonction défensive du bâtiment.
Aula après restauration
Le mur de refend et la aula en cours de restauration.
Le chantier de la haute cour
Lors des fouilles de la Haute-Cour entamées en 1996, les fossés
qui entouraient les donjons ont été décaissés. Les
recherches réalisées ont permis d’en retrouver le tracé,
ainsi que ceux de la double courtine qui menait vers les donjons.
Un élément important des interventions du XIIIe siècle
a été également mis en évidence : la seconde tour,
dite « tour sud », qui, avec la Tour de la Poterne encore visible,
formait le châtelet d’entrée construit sous Philippe-Auguste.
La restauration menée par l’Architecte des Monuments Historiques
Daniel Lefèvre est le résultat de longues recherches et d’un
parti-pris qui est celui globalement adopté sur le site :
- on restaure à l’identique ce qui peut l’être (traces
ou documents suffisamment explicites)
- on évoque les parties disparues ou incertaines avec des outils –
matériaux et formes –ostensiblement différents de ceux utilisés
à l’origine.
On ignore notamment la hauteur réelle de la tour sud, et le chemin sur
lequel s’accrochait le mur de la courtine : ces éléments
sont donc construits en « gabions » (structures métalliques
qui contiennent des pierres sèches) ; de même, faute d’avoir
identifié clairement les piles de l’ancien pont et sa configuration,
on le remplace par une passerelle métallique suspendue. En revanche,
les maçonneries de la contrescarpe Est, encore très lisibles,
ont été restaurées à l’identique.
Le projet en cours : la tour sud est partiellement
relevée, l'ancien pont est remplacé par une passerelle en métal,
les murs de la courtine sont redessinés.
Restauration de la haute-cour : réalisation
(vue des donjons depuis le bâtiment d'accueil).
La restauration des remparts
Cette dernière phase de la restauration du château n’est pas la moins ambitieuse : il s’agit en effet, non seulement de restaurer les murailles endommagées, mais aussi de mettre en valeur l’image défensive du site. Aujourd’hui, la partie sud de la Basse-Cour est encombrée de remblais (sur 6 mètres de hauteur) : ils camouflent nombre de vestiges bâtis et surtout, ils faussent considérablement la hauteur des remparts, dont seule, la partie supérieure émerge quand on est dans la cour. Il faut donc déblayer, dégager les murs et les tours d’enceinte et restaurer le tout.
Les travaux sont d’importance : à ce jour, les études préalables et les premières fouilles ont conforté le projet ; reste à le mettre en œuvre : ce sera l’objet des six prochaines années.
Fouilles préventives sur le rempart sud
: découverte d'un logis au-dessus de la Porte des Champs.