



Vers l’an mil, la forteresse ducale est particulièrement efficace et protège un vaste domaine.
Construit sur le modèle des mottes fortifiées, le château
est alors protégé par une solide enceinte entourant la basse-cour
et est, sur la pointe, dominée par un donjon dont les bases au moins
sont maçonnées.
Lieu de pouvoir des nouveaux maîtres du pays, la ville est le lieu de
naissance du plus célèbre d’entre eux, Guillaume le Conquérant,
futur roi d’Angleterre. A cette époque, c’est une cité
prospère qui compte sans doute 3000 ou 4000 personnes.
Il ne reste aujourd’hui que de faibles traces du donjon de Guillaume
et c’est à Henry Ier “ Beauclerc”, son dernier fils,
que nous devons la construction du plus ancien des bâtiments qui constitue
aujourd’hui la place forte de la haute cour (1123). Devenu roi d’Angleterre,
il s’inspire très directement des forteresses anglaises pour
rénover le château familial: il en reproduit le plan carré,
avec la partition par étage, l’aménagement d’espaces
intérieurs voués à la résidence du seigneur et
l’accès bien défendu par un escalier menant à l’étage
et protégé par un avant-corps. Le grand donjon de Falaise est
une forteresse typiquement anglo-normande.
Henri Ier œuvre également beaucoup pour la ville, et y fait construire
de nombreux bâtiments.
A sa mort, de nouveaux conflits secouent le royaume anglo-normand pendant
vingt ans.
Mathilde sa fille et Etienne de Blois son neveu disparaissent à leur
tour, et c’est Henry II Plantagenêt, le fils de Mathilde qui hérite
du double titre de duc et de roi. Son union avec Aliénor d’Aquitaine
le place à la tête d’un vaste domaine qui comprend : en
France, la Normandie, l’Anjou, l’Aquitaine, le Limousin ; en Grande
Bretagne, l’Angleterre.
Il exerce aussi un étroit contrôle sur le Pays de Galles et l’Ecosse.
Nous sommes en 1154 : jamais le royaume anglo-normand, qu’on appelle
aussi l’empire Plantagenêt, n’a été aussi
fort. Ce territoire va nécessairement susciter la convoitise du roi
de France, dont le propre domaine est bien moindre… A cette même
période, le château de Falaise s’agrandit du “ Petit
Donjon ”. Il protège le front ouest de la forteresse et il est
aménagé en résidence.
A la fin du XIIe siècle, le roi de France Philippe-Auguste s’oppose fréquemment aux ducs normands : Henry II tout d’abord, puis ses fils, Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre : c’est contre ce dernier qu’il obtiendra une victoire décisive : la Normandie devient française.
En 1204, l’annexion du duché Normand au royaume de France met
donc fin à la saga des ducs. Le nouveau maître de Normandie a
besoin d’appuis locaux : il se montre très conciliant avec les
falaisiens et reconstruit nombre de bâtiments détruits pendant
le siège. Le troisiéme des donjons du château, voit le
jour : c’est une tour de défense cylindrique, plus adaptée
au siège et qui, haute de 30 mètres, symbolise son pouvoir.
Dans l’enceinte, Philippe-Auguste aménage un châtelet qui
remplace l’ancienne tour-porte qui mène aux donjons.
Il flanque les remparts de tours nouvelles ou transforme celles qui existent et fait construire un logis vicomtal le long du rempart nord .
Aux guerres du XIIe siècle, succèdent de longues années
de paix en France. Le XIVe siècle est quant à lui catastrophique
: les rois capétiens grèvent lourdement le peuple français
; des famines puis la peste s’abattent sur le royaume.
La guerre de cent ans débute en 1337.
Avant l’occupation anglaise , Il n’est pas sûr que Falaise ait été sévèrement touché par la guerre : les témoignages qui subsistent donnent l’idée d’une réelle prospérité.
A cette époque, les étangs qui bordent les remparts du château
au sud sont aménagés en viviers ; Au cœur de l’enceinte,
un puits profond alimente la communauté en eau potable. Il est au centre
d’un complexe résidentiel important, implanté sur le front
sud de l’enceinte.
Ces bâtiments ont aujourd’hui disparu : l’étude des
documents d’archives permet de les imaginer ; mais leur situation précise
ne pourra être donnée qu’après une vaste campagne
de fouilles. L’occupation anglaise en Normandie, qui débute en
1418 relance un lourd programme de restaurations et d’aménagements
militaires dans l’enceinte, ainsi que la construction de salles attribuées
aux nouveaux administrateurs de la ville et de la vicomté.
Quinze tours de flanquement protègent les remparts du château.
On aménage des ouvertures adaptées aux nouvelles techniques
de combat, des canonnières.
Le XVIe siècle est durement marqué par les guerres
de religion et le déclin des établissements religieux. Le couronnement
de Henri IV, roi de France protestant, va provoquer de sérieux conflits
en Normandie. La ville de Falaise, particulièrement hostile au nouveau
roi, subit donc un siège sévère conduit par le monarque
lui-même :
En janvier 1590, les armées royales détruisent le rempart Ouest
de l’enceinte castrale « par 400 coups de canon » et pénètrent
dans le château : les marécages qui entourent le château
et les vieux murs n’ont aucune efficacité devant les tirs modernes
de l’artillerie.
Quelques jours après, le gouverneur de Falaise se rend; en même
temps que le rôle militaire du château disparaît. Le déclin
amorcé se confirme, les bâtiments se dégradent.
Les XVII et XVIIIes siècles, sont ceux d’un développement
général de l’économie de la ville. De beaux hôtels
particuliers sont construits, ainsi que l’actuel hôtel de ville.
Les portes de l’enceinte urbaine, symboles des défenses médiévales,
sont rasées : on perce de nouvelles routes : on aménage de nouveaux
espaces urbains.
Avant la Révolution Française, Falaise compte 15000 habitants.
Au XVIIIe siècle, on procède à d’importants travaux. Les fossés sont progressivement comblés.
Les toitures des donjons s’effondrent et disparaissent, il est envisagé
de les faire raser : mais le coût des travaux est si élevé
qu’on y renonce.
En 1790, on destine le bâtiment à des fonctions administratives,
on élève des arcades
classiques dans le vestibule du logis et c’est un collège qui
est construit. La chapelle castrale est partiellement détruite
Les donjons sont abandonnés.
Ce ne sera qu’en 1840 que dans l’esprit d’une reconnaissance générale des monuments anciens – et par la volonté du premier ministre « des Beaux Arts », Prosper Mérimée, -on classe le château. Grâce à cette première restauration, on sauve les murs du château.
Mais la dernière guerre et les dommages du temps nécessitent
de nouveaux travaux
C’est pourquoi, vers 1980, l’Etat et la Ville de Falaise –propriétaire
– montent un vaste programme de restauration des donjons : ellel durera
dix ans (1986-1996).
Depuis 1996, on a créé un bâtiment d’accueil et
restauré la Haute-Cour. Il faut maintenant entamer les travaux de restauration
de l’enceinte castrale.
Résidence ducale, résidence royale, symbole du pouvoir politique central pendant de longs siècles, le château a subi ensuite une longue descente vers l’oubli. Aujourd’hui, il renaît pour le plaisir et la mémoire des visiteurs.